JAZZ et CONTES 2004
LES
TEXTE DE "L'ENCRE BLEUE"
L'Atelier d'Ecriture de cette association gaudoise a préparé les "Rencontres Jazz & Conte" a sa manière, en concoctant une série de superbes textes.
En bonus, des textes écrits en "live", au So What, pendant les concerts du "Groupement des Libres Improvisateurs" et de GREOR
Association l'Encre Bleue - La Gaude
Tél. 04 93 24 44 39
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AMESKERI (musique de
Sylvain Luc - Trio Sud)
Même
s'il rêve d'Andalousie, Même
s'il rêve au sommet des cimes, Ce
n'est pas un crime si le Sud l'inspire, A. Z. |
APOCALYPSO (musique de Charlie Laz - " A tree for Two ")
Jour
de septembre Matin
du Onze New York
- World Trade Center Les Tours
Jumelles bourdonnent Des milliers
de gens s'affairent De nulle part, deux avions ! Que se passe-t-il ? Un grand bing ! Que se passe-t-il ? Un big bang ! Apocalypse ? Que se passe-t-il ? Tout s’éclipse Que se passe-t-il ? Tout s’effondre Que se passe-t-il ? Tout syncope Que se passe-t-il ? Tout suffoque Apocalypse
– Apocope - Apocalypso ! Jour
de septembre Matin
du Onze New York
– World Trade Center Les Tours
géantes s'affaissent Des milliers
de gens s'effondrent Enfin le silence Que sont-ils ? Plus personne Que sont-ils ? Cendres Apocalypso
Que reste-t-il ? Ipso facto, Rien zéro Que reste-t-il ? un trou béant un cratère Ground zero Jour
de septembre Matin
du Onze New York
- World trade Center Des milliers
de cendres retombent, tombent
- Tombes |
SA
VISION SUR LE MUR (musique d’Henri
Roger- « So-What »)
Il est entré dans la salle de musique. Décor
19ième siècle. Boiseries,
objets d'art, tableaux de Maîtres. Odeur d'encaustique des siècles
passés. Silence palpable. Acoustique parfaite. Du regard, il a fait le tour complet de la pièce.
Au centre, le piano, objet de sa raison d'être là. Sympa cette idée
de répéter dans un tel décor. Un peu intimidant, décalé. Que vont dire
les autres ? Il imagine Jean-Marc avec son air ahuri (c'est trop
joli pour lui). Alex, un peu blasé, (il en a vu d'autres !). Cédric,
un peu perdu (pas sa place ici), Laurent, cool, (toujours à l'aise partout).
Et Thomas ? Difficile à dire… faut voir. Ils arrivent dans une heure. Pas de temps à perdre.
Répéter, travailler, toujours et encore... Et pourtant, là sur le mur
en face du piano, une réelle présence, le regard d'une femme. Belle,
forcément belle avec sa coiffure romantique. Yeux noirs, bijoux, robe
bleue. Noblesse du visage. Perfection des mains. Harmonie de l'âme. Il lui parle : Madame, je vais jouer pour
vous, si vous le permettez. Aimez-vous Bach ? Chopin ? Brahms ?
Il retrouve ses classiques avec une joie juvénile.
Heureusement qu'il est seul ! Si les autres le voyaient !
Il entend leur sarcasmes. Leur humour caustique. Tu vas nous faire chialer !
Tu nous fous le bourdon ! Qu'importe il continue son hommage musical. La
vision sur le mur l'encourage. Qui est-elle ? Quelle est son histoire ?
Quel est son nom ? Etait-elle vraiment aussi belle ? Et si
ce n'était qu'illusion de peintre ? Elle a sûrement existé avec
ses imperfections mais lui, le peintre, avec sa vision, il a su dépasser
les contingences. Il a fait oeuvre originale. Et le mur est vivant de
sa vision. A présent il s'adresse au peintre. Toi l'artiste,
tu m'as touché avec ta vision sur le mur. Puis il ferme les yeux, laisse
son coeur et ses mains parler. Parler de la beauté. Parler de l'inspiration.
Parler de cet instant si ténu de l'illumination.
Derrière lui, ils sont cinq à retenir leur souffle,
toute la bande du So-What. C'est bien la première fois qu'ils voient
Henri comme ça ! Alors levant les yeux ils découvrent la vision
sur le mur. Ils ont compris. Ils se sont tus. Ils savent qu'ils entendent
la nouvelle composition du pianiste. Sans doute la plus parfaite, la plus inspirée. Faudra être à la hauteur.
Bon, maintenant il va falloir le réveiller en
douceur. On n'est pas au Conservatoire ! Quoique… A. Z. |
SO WHAT ? (musique de Miles Davis)
solitude et neige une nuit de brume
Je marchais tristes sapins
de Noël
rues vides sous le vent suivant
un fil de rouille
je marchais un copain me prend le bras allons boire un verre bar, chaleur,
tequila volutes cuivrées d'un orchestre l'amitié, guirlande qui
s'enroule à nouveau la nuit à nouveau les
rues goût acide de la vie au loin, crie une sirène
bateau larguant les amarres
un appel une
trace point
d'interrogation
question orpheline de
réponse I.M. |
SO
WHAT ? (impressions sur la musique
de Miles Davis)
Il
fait froid sur la cinquante deuxième avenue Il
fait froid, ils ont fermé la boite Froid,
froid, j'ai froid dans le brouillard Une
ombre marche sur le trottoir Une
ombre glisse, une ombre grise Il
fait froid sur la cinquante deuxième avenue Il
fait noir dans le brouillard, j'ai déjà trop bu Trop
bu, trop bu, je suis dans la ouate Brouillard,
brouillard, j'ai déjà trop bu Une
ombre glisse, c'est pas un flic Les
mains s’échangent Donnant
– donnant Dope-fric
Et
puis le silence Silence
amorphe, Il
fait si froid. Elle m'apostrophe ! Mon coeur éclate, mon coeur brûle ! Il brûle sur la cinquante deuxième avenue ! Elle est là sur l'avenue ! Elle m'apostrophe, elle m'interpelle ! Comme elle est cool, mon héroïne, Cool, cool, j’ai déjà trop bu, Mon coeur éclate, mon coeur brûle ! Coule, coule, coule le sang dans mes veines ! Silence
dans l'avenue, Elle
est partie, disparue dans la ouate Il
fait froid, mon coeur est nu, Perdu
dans l'avenue, je suis perdu Il
fait si froid dans la cinquante deuxième avenue Je
pleure mon héroïne Un
flic, quelle déveine ! So
what !
A.Z. |
Quand un batteur rencontre un pianiste Cela donne un duo. Un-deux, Un-deux. C’est
un peu peu ! Quand ce duo rencontre un contrebassiste,
cela donne un trio Un-deux-trois, Un-deux-trois. C’est
un peu mieux ! Quand ces trois artistes rencontrent un
saxophoniste, Cela donne un… quartet. Un-deux-trois-quatre,
Un-deux-trois-quatre C’est chouette ! La boucle
est bouclée. Le cercle refermé. L'équilibre trouvé Mais
d'où vient l'arbre ? Est-ce le jour où ils fredonnèrent Ce vieil air : Tea for two, and two for tea ? Est-ce l'arbre de la Justice ? L'arbre
de la Paix ? Est-ce l'arbre qui cache la forêt ? Je n'en sais rien, Il faut leur demander En résumé Il était une fois un duo Devenu trio Et aujourd'hui quartet Quel casse-tête ! Et symbole De leur musique Un arbre unique Universel Fraternel Aux multiples racines Aux multiples branches Pour jazzer toutes les musiques du monde A.Z. |
AU SO WHAT
Le jazz est là S'enlace, vous délace les godasses Vous délasse… Les jazz mènent la danse
Transe et rythme et blue Ebloui ce sax pas dégueulasse !
La classe ! J'm'efface de la glace, c'est chaud
c'est beau
Clair et net La guitare aussitôt contre lui
Contrebasse C'batteur bat l'bon beurre C'batteur m'bat l'coeur
Coda Silence. Le silence est un glas Mais revit le bravo B.J. |
VOYAGE AU COEUR DU JAZZ
Le So-What a largué ses amarres Les notes éclatent en couleur Il pleut des rythmes endiablés Cerceaux dynamiques et bruyants L'un vers l'autre allant Sous l'assaut des rythmes Mon corps se craquelle Je n'entends plus battre mon coeur J'ai écouté jusqu'au vertige Jusqu'à ce que les sons s'invalident S'éloignent, épuisent l'infini Silence J'entends à nouveau battre mon coeur So
What… So What… So What… C.M. |
Coursegoules et
trois garçons dans le vent
Il était une fois dans l'arrière-pays niçois
un village au nom bien sonore, Coursegoules, adossé au Cheiron, et trois
garçons qui y passaient vacances
et fins de semaines. Ils aimaient la course dans cette montagne aux
forces magnétiques, mégalithiques, sensibles aux vibrations d’un
monde énigmatique. Ils aimaient pareillement se fendre la goule,
chanter et souffler à pleins poumons dans leurs harmonicas les airs
des idoles de ce temps-là. Ils aimaient cette terre aride, les cailloux
du chemin, la rigueur des saisons, le vent de mer au goût de sel, le
vent de terre à la farigoule. Tant de beauté leur donnait des ailes. Ils s'imaginaient
comme l'engoulevent, voler au dessus du Cheiron, descendre vers la côte
jusqu'à la mer, et partir loin, très loin jouer leur musique, jusqu'en
Amérique dans les Bayous du Mississipi. C'était les années soixante… Il y avait Alex, Jean-Marc et Laurent…
trois jeunes garçons dans le vent. Mais la vie a ses vicissitudes, les études, un
métier. Ses joies aussi, créer une famille… et toujours la musique,
la chanson sans oublier la bonne chair, de nouveaux amis, … Coursegoules
et le Cheiron toujours… Après de nombreuses tribulations musicales (et
culinaires), c’est au pied des Baous qu’ils trouvèrent enfin, un havre de paix, le « So-What »
pour partager leur passion de la musique, leur passion de la
vie, en toute amitié. Les années quatre-vingt dix… déjà… Mais ils n’ont jamais oublié Coursegoules
et leurs jeunes années. C’est
là qu’ils vont se ressourcer, qu’ils vont retrouver le souffle
et l'inspiration du temps où ils étaient trois garçons dans le vent
qui aimaient courir dans le Cheiron. Aujourd'hui, il y a Alex, Jean-Marc, Laurent,
Cédric, Henri, Thomas et les autres, le Jazz, l'amitié, et toujours
l’esprit de Coursegoules qui coule et souffle jusqu'à la rue Ponzone.
A.Z. |
LOUIS AMSTRONG
Il faisait
chaud à New-Orleans la belle aux langueurs tropicales Il faisait
chaud à New-Orleans quand tu jouais du cornet à pistons Tu swinguais, Sur l’éclat de tes notes brûlantes La ville entière s'envolait Tu swinguais, Etincelles violettes
Ecarlate Safran Tu swinguais, Et la ville entière tanguait Il faisait
chaud à Chicago Asphalte gangsters prohibition Il faisait
chaud à Chicago Lorsque
dans les boites de nuit Tu swinguais, Toi, félin magnifique, Toi, panthère arpentant la jungle des
sons, Scatt, Break, Voix
de velours et de lave venue du profond
de la terre Trompette
de feu, d'amour et de sang Tu swinguais, Et le grand
coeur de l'Afrique vibrait Il a
toujours fait chaud dans ta vie Aux quatre cambrures du monde, à la lisière de tous les
archipels, Toi, Jongleur d'univers Tu as
swingué Ta trompette
disait l'ouragan et le fleuve,
le baobab, le ciel
le volcan. Tu chantais De l'amour les sentiers rocailleux De la nuit les soleils Tous
les hommes étaient frères On finirait par gagner Tu swinguais, Et la terre entière tanguait Un jour
il a cessé de faire chaud Marbre et cire tu gisais Devant
toi, petit-fils d’esclave s’inclinait
le monde entier
I. M. |
MILES DAVIS
Il
était papillon de satin noir butinant les nuits de Harlem, de Brooklin,
du Bronx, de Manhattan, 52ème avenue, cool, hard, modal ou fusion Il
était flegmatique passion aristocratique désinvolte
flirtant avec les empyrées des sons galaxies en cavale lointaines idoles
domptées Il
était cygne noir glissant sur des lacs embrasés de
fleurs neigeuses notes
au long col étiré s'élançant vers le bord coupant des étoiles ascenseur pour l'absolu s'élançant effilées fuselées fluides éphémères longues silhouettes de femmes à la Modigliani courant folles courant
à la poursuite des nuages Il
était démiurge alchimiste trompette aux claires sinuosités acérées et brumeuses bleutées archangélique donnant corps de musique à
l'acide au miel au sacré au profane au
lointain à l'ici froides
ferveurs sous contrôle fièvres
glacées Il
était le penseur le rêveur le joueur l'annonciateur le poète de
New-York à Paris Il
était Prince noir de la nuit I. M. |
RAY CHARLES
T'as fichu le camp Jack Et tu ne reviendras plus ! Depuis
longtemps déjà, Tes
yeux s'étaient fermés, Tu
vivais dans le noir, Noir
autour de toi, Noir
en toi, Noires
tes grosses lunettes d'écailles Où
se reflétaient toutes les lumières de la scène. T’as fichu le camp Jack Et tu ne reviendras plus ! Toutes
les lumières de la scène en toi se reflétaient, Et
tu irradiais ! Joie
sur le visage, Allégresse
dans le geste Scintillement
sur le vêtement Blancheur
du sourire, éclat du rire Et
l'arc en ciel dans la voix. T'as fichu le camp Jack Et tu ne reviendras plus ! What'd I say ! Qu'est-ce que tu disais! You don't know me. On ne te connaît pas ! Tu
nous berçais dans tes blues, Tu
nous déhanchais dans tes rythmes, Tu nous brinqueballais dans ton Jazz Nous
saoulais de ta Soul Nous
rendais amoureux dans tes « slows » T’as fichu le camp ….. F.G. |
Hommage à CLAUDE
NOUGARO
Ce soir, la Coupole se prend pour le Capitole La Garonne descend la rue Ponzone Le jazz fait sa java… Ce soir, nous sommes de Toulouse Nous sommes enfants du blues Ce soir, les
mots se prennent pour des notes Mais la rime décroche et le rythme ricoche Tout ça parce que Nougaro A rejoint tout là-haut Amstrong, Ella, Buddie, Faire un boeuf, faire une teuf Dans la galaxie Silence,
j'entends sa voix : Amstrong, ce soir, toi
et moi C'est pas rigolo Allez Louis, Alléluia
Nougaro t'as toujours du talent Chez toi, musique et mots s'escriment Ta langue française à l'épreuve du rythme, Nougaro t'as toujours du sentiment L'amour, l’amitié et Toulouse s'embrouillent Ton coeur d'homme à l'épreuve du Blues Ce soir, nous sommes de Toulouse Nous sommes enfants du blues Au revoir, Nougaro De là-haut, tout là-haut Fais-nous un signe A.Z. |
LA CONTREBASSE
Il était une fois, une
contrebasse qui avait contracté une
contracture causée par une contrariété dans
la signature d'un contrat de collaboration avec
une cantatrice contralto. Car ce contrat, à contre-courant,
était trop contraignant pour la contrebasse,
il était même le contraire de ce qu'elle avait escompté
en le contresignant de son contreseing. On infligea
une contravention à la contralto, qui, d'ailleurs, s'en
contrefichait. Mais le contrecoup de cette contredanse, à contre-emploi,
fut de contredire, voire de contrer la contre-enquête diligentée sur
cette contre-performance musicale. Mettant à profit ce contretemps,
la contralto engagea une contre-offensive en exécutant une contrepartie,
autrement dit un contre-chant, dans le contrepoint final. La contre-réaction
ne se fit pas attendre, et, contre vents et marées un contre- pouvoir
se mit en place, contrebalançant les effets de cette controverse. Un
contrôleur fut chargé d'apporter sa contribution, en quelque sorte une
contre-révolution. Opérant à contre-jour et dans une course contre
la montre, tout retard étant contre-indiqué, il effectua une contre-expertise
contradictoire du contrat qui fut déclaré
caduque. A contrecoeur la contralto dut reconnaître vouloir
contrecarrer la carrière de la contrebasse et contrite,
donna sa démission pour s'engager dans le contre-espionnage ! Elle y fut malheureuse
et n'eut pas beaucoup
d'enfants ! R.M. |
Jazzie Cool ou
la répétition foireuse
Mario, sportif italien longiligne dégarni extraverti clarinettiste
amateur de jazz victime de son catarrhe chronique, saute essayer sa
voiture toute neuve avant de rejoindre ses copains pour une répétition. Déjà trouver une route droite dans les Alpes-Maritimes… Il soliloque : « Che bella ! Jazzi Cool pour un Jazzy Fool ! ma
Jazzibel vrom, vrom, roule ! Cool ! contact, musique ! Pas si cool que ça, on a un bon quart d'heure de retard quand même. Ma mélodie, ma fantaisie, quel brio ! On fait un chouette
duo. Allons Moderato, poi Largo, Allegro, Fortissimo. » Il accélère au maximum et, tout en expectorant une partie de ses
bronches, poursuit à bout de souffle : « Con fuoco mais gare
aux radars ». Echanges passionnés entre le moteur, la caisse et la partition.
Accélérations fulgurantes puis frôlements de la pédale en réponse aux
soupirs, aux extases du morceau préféré. Accompagnement de la nuque et des pieds en mesure ou à peu près.
Il roule en majeur, en mineur, épie le compte-tours et tambourine à
l'unisson sur son klaxon. Il teste dans un tourbillon de poussière ses ABS sur les gravillons
du gymnase où il se précipite. Il roucoule : « Jazzicool,
Jazzigood, jazzibel », coupe le contact et la musique. Clin d'oeil
à la fière cylindrée. La formation ne l'a pas attendu pour jouer. Le copain au piano, c'est un gros costaud. Il écrase les notes
tandis que sa boule à zéro assassine le tempo. Celui de la batterie, Jérémy, frise l'hystérie,
la crise d'apoplexie. S'il joue comme ça samedi il va faire fuir le
Rotary. On voit que le trombone, issu de l'hexagone, s'est juste arraché
de son Côte du Rhône. Il joue les cyclones. Il tonne, détonne, il en
fait des tonnes. Le contrebasse, hélas, manque de classe. Il reste de glace, agace.
Quant au retardataire, il caresse les fossettes de sa clarinette,
tire ses chaussettes et se joint à cette répète casse-tête. Désolé d'éternuer,
de larmoyer, de grasseyer, de trompeter, il va quand même essayer. Premières mesures très peu sûres. Rythmes, accords, harmonie, éternuements
à contretemps du fiévreux catarrheux. Les possédés de musique swinguent corps à corps
avec leurs instruments. OH, YEAH ! OOOOOOH YEAH ! SOOOOOO WHATWHATWHAT ! mais le malheureux catarrheux
qui embouche sa clarinette tout en profitant d’une gamme de toux
pour remonter ses chaussettes, sent bien qu'il est le trouble-fête et
rêve de prendre la poudre d'escampette. Les autres musiciens survoltés
font assaut de virtuosité. Les doubles-croches percutent les triples
croches, s'entre-crochent et ce n'est plus moderato mais plutôt allégro,
fortissimo au kilo. On croirait entendre l'artillerie, un vrai charivari,
une cacophonie entre hystérie et apoplexie.
« A en avoir une syncope ! c’est lamentabile » LA MEN TA BI LE ! MSC |
Textes « provoqués »
par les concerts des 24 et 25 novembre 2004 au So-What
Le premier GLI Le premier glissement des sons et leur conjonction
– tintements de clochette, battements de battoir – indiqua
le départ de toute l’histoire. C'est l'histoire d'en bas, vue
d'en haut. En bas, la cacophonie des minéraux en fusion,
la folie de l'eau primaire, le frottement des cristaux en fureur –
frayeur ? En haut, le silence des étoiles, avec dans l'espace
sidéral, des graines d'espèces sidérées à considérer pour le futur de
notre histoire. Pourquoi regarder en bas, alors que là-haut…
tout tourne rond : les particules autour des noyaux, les électrons,
les protons, les photons sur leurs orbites en apesanteur – bonheur ? En bas, le concert des petits batraciens –
de gluantes petites grenouilles vertes – domine le cri des oiseaux
dans le frôlement affolé de la chlorophylle. Un cri parfois s'articule
dans la mangrove et s'englue… Nouveau défi ? Nouvelle espèce ? Combien de hasards pour formuler du sens ? Combien de conjonctions de sons et de molécules
pour organiser l'essence du monde ? En bas, c'est la fête : des voix s'élèvent,
des mains frappent en échos, les grenouilles se taisent, les oiseaux
s'apaisent. Les hommes lèvent les yeux : au dessus de la canopée, ils
ont vu Cassiopée et l'espace
sidéral. Infinie solitude. Puis c’est l’agonie – lente
agonie dans l'Amazonie. L'histoire continue, l'homme brûle, tue, articule
des sons, prend conscience de sa finitude dans le dernier glissement
du sens. Arlette Zinn |
Soirée
Jazz et contes Ce soir Gréor et Catherine Roche libèrent toutes les couleurs ! Couleur Or pour Gréor : orpailleur ? Non, orfèvre le saxo ! Il nous enlumine, nous illumine de pépites d'or ! Fermons les yeux, nous sommes à Cimiez dans l'or de juillet ! De l'or encore pour Catherine Roche avec le trésor dans le four au bon pain doré, les gouttes de miel sur les antennes du scarabée. Fermons les yeux, nous sommes à Cracovie, voyageurs hors du temps. Couleur Grise parfois pour Gréor quand la musique se fait lente, et triste mais pas pour longtemps car comme dans les contes de fées, la fin est toujours douce et jubilatoire. Grise la tour pour le prisonnier mais de fil en fil, de soie en coton, de lin en corde, il renoue avec la liberté, comme la musique déroule sa ligne mélodique de cordes en cordes, d'accords en accords. Il suffit de tirer le premier fil pour que la mélodie s'enchaîne, déchaîne le musicien prisonnier de sa tour d'ivoire. Enfin, couleurs multiples pour le bouquet final et sa morale : diminuer, diviser, dédoubler. Toujours trop de fleurs ? Trop de notes ? Trop de mots ? Ecourter, élaguer, épurer, éluder, laisser de l'espace et du silence. Se taire pour laisser résonner (raisonner ?) les mots, les sons, les sensations, les évocations, les souvenirs, les couleurs Coupez ! Stop ! Trop de mots pourraient ternir cette soirée qui s'ordonne en un bouquet parfait ! Arlette
Zinn |
Au
So-What Courbes et rondeurs, C'est la voûte de la cave qui arrondit les angles, c'est l'ovale du saxophone qui arrondit les sons. C'est le rond de la lune qui par la grâce des courbes de la conteuse donne au petit laboureur la fille du Roi. Je ne sais plus qui de la rondeur de la contrebasse ou des courbes de ses cordes m'a envoûté ce soir-là. Dix-sept chameaux à partager ne font pas un compte rond mais au fait les bosses seraient-elles arrondies par les courbes des dunes ? Les
notes rondes ou courbes s'égrènent joyeusement sur le
piano
droit !
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Le saxophone de ce soir-là
de ce concert-là J’avais la plume en main prêt à m’envoler… au début j’ai pu
rien écrire : le sax s’est mis à faire une sorte de figure en clé
de sol… c’était la seule chose que j’aimais pirouetter au début collégien
sur mes portées de solfège J’ai rien pu écrire, c’était tellement beau, ce truc en cuivre,
réflexif, jouissif, si frais, si frêle, si doux… c’était beau comme de la musique, puis après ce même cuivre il a voulu
jouer au jazz… (j’aime quand le jazz n’en fait
pas, qu’il se contente d’être beau à mes oreilles, miel aux dieux, mélodieux !)
et alors là ça m’a moins plu… Je suis devenu tout aussi muet de la plume… j’me suis tu… et j’ai presque plus rien écouté… j’ai fait
que regarder l’instrument. C’était un feu,
pas un cuivre ! Il est devenu
un long bijou : une broche en or pur… Après qu’il ait encore vociféré du jazz avec ses collègues,
il a rechatouillé ma trompe d’eustache en
solo. Rien que pour
moi certainement… Bon, c’était mon état « dame » ce soir-là, mais dame
que c’était beau ! De l’âme en plus Du
bonus d’ange… Mais Ou N’était-ce
pas plutôt un satyre ? Au
fond du son, Etait-il
sax ou faune ? Bernard Jeanclaude |