Photos (actuelles) : Michel BENVENUTO, Gérard DEMONCHY, Didier LAPCHIN
Deux fois 50 ans d'amitié...
C'est dans l'antre de Mado la Niçoise, au Bar des Oiseaux dans le Vieux Nice, que la Compagnie So What, la famille, les vieux amis de toujours et les fidèles parmi les fidèles du So What se sont retrouvés - comme il se doit, autour d'un bon repas - pour fêter les 50 ans de musique ensemble d'Alex, Jean-Marc et Laurent. Au programme : apéro musical, avec le duo Louis Bariohay-Cédric Fioretti, après les entrées, séquence chansons-harmonicas avec la complicité de Sophie et José Sérafino et d'Arlette Ferrarini et, après la daube et le dessert, puis après le café, jazz avec la Compagnie So What au grand complet (les trois compères, Cédric Fioretti, Henri Roger, Thomas Guillemaud, José Sérafino) et la complicité d'Emmanuelle Somer, Franck Taschini et Félix Kudelka. Et tout au long de la soirée, un fil rouge tissé avec des poèmes sublimes, de Raymond Queneau à Georges Cuffy, par Michel Seyrat. Quelques extraits de sa présentation :
"En ce temps-là on roulait à Mobylette, on achetait des pans bagnats qu'on allait manger au bord du paillon, on se baladait au marché aux puces, en fouillant chez les bouquinistes pour trouver des bouquins plutôt "érotiques", en ce temps-là Ben avait sa boutique du 32 rue Tonduti de l'Escarène... maintenant la boutique de Ben est au Centre Pompidou, le Paillon devient "coulée verte", le pan bagnat est au patrimoine de l'humanité, la mobylette est peut-être encore au fond du garage... mais So What est toujours là... n'attendez donc pas un gâteau avec cinquante bougies. C'est pas le genre de la maison, mais c'est toujours copains, musique et bonne cuisine..."
50
ans de musique. Laurent, Jean-Marc et Alex racontent :
Les
4'Z'Arts, Pâques 1963, vacances à Coursegoules. Laurent a reçu
pour son anniversaire une guitare, les deux autres avaient un harmonica
C'est là que commence l'histoire qui se poursuit aujourd'hui.
Accompagnés d'un quatrième larron, Jacques, les trois ados sont
d'abord devenus un groupe d'harmonicas. Puis, ils arrangent pour trois voix,
une guitare, un banjo et une contrebasse, des chansons de Trenet, Brassens,
Vian, Lapointe, qu'ils baladent de MJC (Magnan, Gorbella, Pasteur, Bon Voyage,
où ils rencontrent Michel Seyrat, Marie-Paule Belle, Claude Réva,
Jean-Louis Caya) en cafés théâtres (le Provence et Ben),
sans en attendre autre chose que le plaisir de la scène et celui d'être
ensemble. Comme ils sont trois, ils se font appeler les 4'Z'Arts.
Premières rencontres avec le jazz : New-Orléans avec les Haricots
Rouges, à Coursegoules puis Paris, et un petit flirt avec le free-jazz
à Grasse. Puis retour à la chanson " engagée "
et aux premières compos, rencontres avec Arlette, la " Joan Baez
niçoise ", quelques batteurs, Nounours Marmocchi, Gé Trastour.
Laurent achète une trompette, Alex une clarinette et Jean-Marc une
contrebasse. En 1967, à Coursegoules, ils créent avec Roger
Tran van Minh une " Association pour la diffusion du Jazz " et une
première boite, le Zizi Club. Entre temps, le fils d'autres amis d'enfance,
Cédric Fioretti, est devenu batteur et l'idée vient aux trois
vieux ados de travailler plus convenablement le jazz (avec même un peu
de Conservatoire). Plaisir de l'improvisation et de l'écoute. Premiers
balbutiements sur des thèmes de Monk, Parker, Coltrane, Miles
Des premiers contacts avec le Bar des Oiseaux, dans le Vieux Nice
puis
toutes les éphémères boites à Jazz de la région.
Le So What à La Gaude.
Jean-Marc et Alex, qui entre temps ont fondé famille, habitent une
maison ancienne à La Gaude. Quelques travaux, un peu de sueur, beaucoup
de passion et
toujours un énorme plaisir. La cave à vin
devient le So What en 1996.
L'Association de 1967 est relancée. Une soirée par mois, avec
un set du groupe, et quelques spectateurs éparpillés dans une
salle heureusement suffisamment petite pour qu'ils ne se sentent pas trop
perdus, un bulletin de liaison, tous les deux mois. Laurent créé
le site Internet (47000 visites aujourd'hui).
Au noyau initial se joignent Henri Roger, longtemps pianiste de Catherine
Ribeiro et que l'on retrouve par hasard, après avoir quelquefois joué
avec lui dans les années 70, et José Sérafino (guitare
électrique) ainsi que parfois sa femme Sophie, à la voix. Le
groupe des 4'Z'Arts devient la Compa gnie So What. Thomas Guillemaud arrive
avec son sax soprano, avant de monter son propre groupe, tout en continuant
à jouer fréquemment avec la Compagnie. De 1999 à 2013,
la Compagnie So What enregistrera 6 CD et écrira en commun le premier
roman policier franco-niçois : "E Aloura !" (Éditions
Serre) qui se passe dans les milieux du Jazz de la Côte d'Azur. Elle
anime aujourd'hui une émission de jazz hebdomadaire sur RCF Côte
d'Azur.
Le So What accueille de plus en plus de spectateurs séduits par l'atmosphère.
Quelques boeufeurs débarquent. Et puis un journaliste de passage transmet
l'info à Jazzman qui classe le So What parmi les 50 lieux où
il fait bon vivre le jazz en France. Du coup, de plus en plus d'adhérents
s'y pressent mais aussi de plus en plus de musiciens, et des très bons!
Nous mettons alors au point la formule actuelle : une fois par mois (aujourd'hui
le dernier samedi), avec un set de la Compagnie So What, un set d'un groupe
invité et le buf. Le plaisir d'écouter, jouer, aimer le
jazz en dégustant des recettes niçoises.
Le Festival de La Gaude et les Trophées du Jazz de la Côte d'Azur.
En 97 nous organisons un mini-festival, basé sur deux idées
: donner une occasion d'expression à la richesse régionale en
musiciens de jazz, , et associer le jazz avec un autre thème, ayant
pour point commun le plaisir. Ce furent " jazz et cinéma ",
" jazz et polar ", avec les amis fidèles de la Noir'Rôde,
" jazz et fleurs ", " jazz et vin "... Changement de saison
: il faut démontrer à tous ceux qui disent que le jazz n'existe
pas dans la région en dehors des grands festivals qu'ils ont tort.
Donc, cap sur novembre. Le niveau monte et le succès également
!
Autre innovation : la création des Trophées de Jazz de la Côte
d'Azur. L'idée est toujours la même : faire vivre le jazz dans
la région, en montrer la richesse en excellents musiciens, qui pour
autant ne vivent pas forcément de leur musique. Au fil des années,
les "Rencontres" s'étoffent et se diversifient. Y sont associés
les enfants des écoles de La Gaude. La durée s'allonge, les
lieux de concert se multiplient dans le village... Roger Drouin accompagne
maintenant le Festival en représentant la municipalité qui finance
le Festival devenu adulte et qui prend le nom de " Jazz sous les Bigaradiers
".
Mais le plus simple est de parcourir notre site (http://assowhat.free.fr),
truffé de photos car le So What rassemble aussi les photographes, avec
un autre infatigable compagnon de route : Gérard Demonchy.
La Compagnie So What, orchestre à dimension variable, pratique maintenant
depuis douze ans une musique de Jazz écrite et improvisée du
XXI° siècle : une musique jubilatoire, d'écoute et de respect
entre musiciens. Elle a joué dans les Festivals de Porquerolles, Colognac,
Antibes, Nice. Elle a créé des musiques improvisées à
Picaud avec Barre Phillips, Eric Maria Couturier, Vincent Courtois, Emmanuelle
Somer ou Bruno Tocanne. Une tournée au Danemark, l'ouverture du Printemps
des Arts de Monte-Carlo, la création d'une musique écrite et
improvisée pour les soixante ans de la chapelle Matisse, Nice is Jazz
Festival le 5 juillet 2013.Un hommage à Matisse dans le cadre de l'exposition
" Matisse et la musique " au Musée Matisse le 6 juillet 2013.
Ainsi va le jazz au So What. Mais souvent, les trois anciens ados se retrouvent dans la cabane qu'ils ont aménagée dans le Cheiron, à deux heures de marche du premier village, au milieu des biches et des sangliers, pour chercher les morilles au printemps ou les sanguins à l'automne, et composer quelques thèmes. Car comme dit notre copain Nietzsche : " Sans la musique, la vie serait une erreur. "
50 ans, de l'Ermitage au Bar des oiseaux, Mado la niçoise raconte :
"Lorsque mes parents, Tony et Mika, rachètent
la " Cave Marc ", au début des années 60, c'est un
simple commerce de vin à proximité d'un hangar à "
caretoun ", tirés avec la chambre à air autour de l'épaule,
qui réveillent toute la famille à 4 heures du matin. On y tire
le vin au tonneau, et mon père écrit à l'entrée
" On peut amener son manger ". Mais cela ne suffit pas pour nourrir
la famille et ils transforment la cave à vin en bar de quartier en
64, et le baptisent " l'Ermitage ". Comme Mika apprivoise des oiseaux
qui volent en liberté dans la salle, les voisins lui portent tous les
" aucèu " du quartier à soigner et le surnom de "
Bar des oiseaux " devient plus populaire que " l'Ermitage ".
C'est un bar de quartier qui accueille les artisans du vieux Nice. Pas de
touristes, mais un flipper et un baby-foot pour les ados."
Un lieu qui en 50 ans a traversé toutes les modes, tout en se renouvelant
constamment, avec en fil rouge (voire rose-bonbon) Noëlle Perna.
Vers le milieu des années 70, une jeunesse étudiante fréquente
le bar, le soir, après les joueurs de belotte de l'après-midi.
Noëlle prend la suite de ses parents et devient gérante du bar.
Elle fait déjà son show derrière son comptoir.
Fin des années 80, le bar devient officiellement le " Bar des
Oiseaux ", et la décoration est refaite dans une nouvelle salle
qui accueille dans l'angle une petite scène qui verra les premiers
spectacles de Noëlle Perna et Richard Cairaschi ainsi que les premiers
concerts de Jazz. C'est le lieu " branché " qu'il est de
bon ton de fréquenter, mélange de clientèle du Vieux
Nice et rendez-vous des étudiants, artistes, et intellectuels. Il voit
naître les premiers cafés philo, les soirées Brassens.
Il devient la consécration pour les musiciens de Jazz qui s'y produisent.
En 99, c'est l'ouverture du Théâtre des oiseaux, la 3 ° salle
jouxtant celle du bar d'origine qui devient bar-restaurant et accueillera
plus tard les premiers dîners spectacles. En parallèle, "
Mado la niçoise " commence une carrière nationale et mettra
le bar en gérance en 2003. Elle en a repris les manettes aujourd'hui,
pour retrouver ses amis et vivre dans le Vieux Nice. Le titre de son dernier
spectacle est explicite : Mado prend racine.
Coursegoules,
La Gaude et Nice, 18 mai 2013.
Laurent Lapchin, Jean-Marc Laugier, Alex Benvenuto