"LES 4'Z'ARTS", devenus la "COMPAGNIE SO WHAT" fêtent en famille

50 ANS DE MUSIQUE et les 50 ANS du BAR DES OISEAUX

18 mai 2013

 

 

 

 

Photos (actuelles) : Michel BENVENUTO, Gérard DEMONCHY, Didier LAPCHIN

 

Deux fois 50 ans d'amitié...

C'est dans l'antre de Mado la Niçoise, au Bar des Oiseaux dans le Vieux Nice, que la Compagnie So What, la famille, les vieux amis de toujours et les fidèles parmi les fidèles du So What se sont retrouvés - comme il se doit, autour d'un bon repas - pour fêter les 50 ans de musique ensemble d'Alex, Jean-Marc et Laurent. Au programme : apéro musical, avec le duo Louis Bariohay-Cédric Fioretti, après les entrées, séquence chansons-harmonicas avec la complicité de Sophie et José Sérafino et d'Arlette Ferrarini et, après la daube et le dessert, puis après le café, jazz avec la Compagnie So What au grand complet (les trois compères, Cédric Fioretti, Henri Roger, Thomas Guillemaud, José Sérafino) et la complicité d'Emmanuelle Somer, Franck Taschini et Félix Kudelka. Et tout au long de la soirée, un fil rouge tissé avec des poèmes sublimes, de Raymond Queneau à Georges Cuffy, par Michel Seyrat. Quelques extraits de sa présentation :

"En ce temps-là on roulait à Mobylette, on achetait des pans bagnats qu'on allait manger au bord du paillon, on se baladait au marché aux puces, en fouillant chez les bouquinistes pour trouver des bouquins plutôt "érotiques", en ce temps-là Ben avait sa boutique du 32 rue Tonduti de l'Escarène... maintenant la boutique de Ben est au Centre Pompidou, le Paillon devient "coulée verte", le pan bagnat est au patrimoine de l'humanité, la mobylette est peut-être encore au fond du garage... mais So What est toujours là... n'attendez donc pas un gâteau avec cinquante bougies. C'est pas le genre de la maison, mais c'est toujours copains, musique et bonne cuisine..."

 

50 ans de musique. Laurent, Jean-Marc et Alex racontent :

Les 4'Z'Arts, Pâques 1963, vacances à Coursegoules. Laurent a reçu pour son anniversaire une guitare, les deux autres avaient un harmonica… C'est là que commence l'histoire qui se poursuit aujourd'hui.
Accompagnés d'un quatrième larron, Jacques, les trois ados sont d'abord devenus un groupe d'harmonicas. Puis, ils arrangent pour trois voix, une guitare, un banjo et une contrebasse, des chansons de Trenet, Brassens, Vian, Lapointe, qu'ils baladent de MJC (Magnan, Gorbella, Pasteur, Bon Voyage, où ils rencontrent Michel Seyrat, Marie-Paule Belle, Claude Réva, Jean-Louis Caya) en cafés théâtres (le Provence et Ben), sans en attendre autre chose que le plaisir de la scène et celui d'être ensemble. Comme ils sont trois, ils se font appeler les 4'Z'Arts.
Premières rencontres avec le jazz : New-Orléans avec les Haricots Rouges, à Coursegoules puis Paris, et un petit flirt avec le free-jazz à Grasse. Puis retour à la chanson " engagée " et aux premières compos, rencontres avec Arlette, la " Joan Baez niçoise ", quelques batteurs, Nounours Marmocchi, Gé Trastour. Laurent achète une trompette, Alex une clarinette et Jean-Marc une contrebasse. En 1967, à Coursegoules, ils créent avec Roger Tran van Minh une " Association pour la diffusion du Jazz " et une première boite, le Zizi Club. Entre temps, le fils d'autres amis d'enfance, Cédric Fioretti, est devenu batteur et l'idée vient aux trois vieux ados de travailler plus convenablement le jazz (avec même un peu de Conservatoire). Plaisir de l'improvisation et de l'écoute. Premiers balbutiements sur des thèmes de Monk, Parker, Coltrane, Miles… Des premiers contacts avec le Bar des Oiseaux, dans le Vieux Nice… puis toutes les éphémères boites à Jazz de la région.
Le So What à La Gaude.
Jean-Marc et Alex, qui entre temps ont fondé famille, habitent une maison ancienne à La Gaude. Quelques travaux, un peu de sueur, beaucoup de passion et… toujours un énorme plaisir. La cave à vin devient le So What en 1996.
L'Association de 1967 est relancée. Une soirée par mois, avec un set du groupe, et quelques spectateurs éparpillés dans une salle heureusement suffisamment petite pour qu'ils ne se sentent pas trop perdus, un bulletin de liaison, tous les deux mois. Laurent créé le site Internet (47000 visites aujourd'hui).
Au noyau initial se joignent Henri Roger, longtemps pianiste de Catherine Ribeiro et que l'on retrouve par hasard, après avoir quelquefois joué avec lui dans les années 70, et José Sérafino (guitare électrique) ainsi que parfois sa femme Sophie, à la voix. Le groupe des 4'Z'Arts devient la Compa gnie So What. Thomas Guillemaud arrive avec son sax soprano, avant de monter son propre groupe, tout en continuant à jouer fréquemment avec la Compagnie. De 1999 à 2013, la Compagnie So What enregistrera 6 CD et écrira en commun le premier roman policier franco-niçois : "E Aloura !" (Éditions Serre) qui se passe dans les milieux du Jazz de la Côte d'Azur. Elle anime aujourd'hui une émission de jazz hebdomadaire sur RCF Côte d'Azur.
Le So What accueille de plus en plus de spectateurs séduits par l'atmosphère. Quelques boeufeurs débarquent. Et puis un journaliste de passage transmet l'info à Jazzman qui classe le So What parmi les 50 lieux où il fait bon vivre le jazz en France. Du coup, de plus en plus d'adhérents s'y pressent mais aussi de plus en plus de musiciens, et des très bons! Nous mettons alors au point la formule actuelle : une fois par mois (aujourd'hui le dernier samedi), avec un set de la Compagnie So What, un set d'un groupe invité et le bœuf. Le plaisir d'écouter, jouer, aimer le jazz en dégustant des recettes niçoises.
Le Festival de La Gaude et les Trophées du Jazz de la Côte d'Azur.
En 97 nous organisons un mini-festival, basé sur deux idées : donner une occasion d'expression à la richesse régionale en musiciens de jazz, , et associer le jazz avec un autre thème, ayant pour point commun le plaisir. Ce furent " jazz et cinéma ", " jazz et polar ", avec les amis fidèles de la Noir'Rôde, " jazz et fleurs ", " jazz et vin "... Changement de saison : il faut démontrer à tous ceux qui disent que le jazz n'existe pas dans la région en dehors des grands festivals qu'ils ont tort. Donc, cap sur novembre. Le niveau monte et le succès également !
Autre innovation : la création des Trophées de Jazz de la Côte d'Azur. L'idée est toujours la même : faire vivre le jazz dans la région, en montrer la richesse en excellents musiciens, qui pour autant ne vivent pas forcément de leur musique. Au fil des années, les "Rencontres" s'étoffent et se diversifient. Y sont associés les enfants des écoles de La Gaude. La durée s'allonge, les lieux de concert se multiplient dans le village... Roger Drouin accompagne maintenant le Festival en représentant la municipalité qui finance le Festival devenu adulte et qui prend le nom de " Jazz sous les Bigaradiers ".
Mais le plus simple est de parcourir notre site (http://assowhat.free.fr), truffé de photos car le So What rassemble aussi les photographes, avec un autre infatigable compagnon de route : Gérard Demonchy.
La Compagnie So What, orchestre à dimension variable, pratique maintenant depuis douze ans une musique de Jazz écrite et improvisée du XXI° siècle : une musique jubilatoire, d'écoute et de respect entre musiciens. Elle a joué dans les Festivals de Porquerolles, Colognac, Antibes, Nice. Elle a créé des musiques improvisées à Picaud avec Barre Phillips, Eric Maria Couturier, Vincent Courtois, Emmanuelle Somer ou Bruno Tocanne. Une tournée au Danemark, l'ouverture du Printemps des Arts de Monte-Carlo, la création d'une musique écrite et improvisée pour les soixante ans de la chapelle Matisse, Nice is Jazz Festival le 5 juillet 2013.Un hommage à Matisse dans le cadre de l'exposition " Matisse et la musique " au Musée Matisse le 6 juillet 2013.

Ainsi va le jazz au So What. Mais souvent, les trois anciens ados se retrouvent dans la cabane qu'ils ont aménagée dans le Cheiron, à deux heures de marche du premier village, au milieu des biches et des sangliers, pour chercher les morilles au printemps ou les sanguins à l'automne, et composer quelques thèmes. Car comme dit notre copain Nietzsche : " Sans la musique, la vie serait une erreur. "

 

 

 

50 ans, de l'Ermitage au Bar des oiseaux, Mado la niçoise raconte :


"Lorsque mes parents, Tony et Mika, rachètent la " Cave Marc ", au début des années 60, c'est un simple commerce de vin à proximité d'un hangar à " caretoun ", tirés avec la chambre à air autour de l'épaule, qui réveillent toute la famille à 4 heures du matin. On y tire le vin au tonneau, et mon père écrit à l'entrée " On peut amener son manger ". Mais cela ne suffit pas pour nourrir la famille et ils transforment la cave à vin en bar de quartier en 64, et le baptisent " l'Ermitage ". Comme Mika apprivoise des oiseaux qui volent en liberté dans la salle, les voisins lui portent tous les " aucèu " du quartier à soigner et le surnom de " Bar des oiseaux " devient plus populaire que " l'Ermitage ". C'est un bar de quartier qui accueille les artisans du vieux Nice. Pas de touristes, mais un flipper et un baby-foot pour les ados."
Un lieu qui en 50 ans a traversé toutes les modes, tout en se renouvelant constamment, avec en fil rouge (voire rose-bonbon) Noëlle Perna.
Vers le milieu des années 70, une jeunesse étudiante fréquente le bar, le soir, après les joueurs de belotte de l'après-midi. Noëlle prend la suite de ses parents et devient gérante du bar. Elle fait déjà son show derrière son comptoir.
Fin des années 80, le bar devient officiellement le " Bar des Oiseaux ", et la décoration est refaite dans une nouvelle salle qui accueille dans l'angle une petite scène qui verra les premiers spectacles de Noëlle Perna et Richard Cairaschi ainsi que les premiers concerts de Jazz. C'est le lieu " branché " qu'il est de bon ton de fréquenter, mélange de clientèle du Vieux Nice et rendez-vous des étudiants, artistes, et intellectuels. Il voit naître les premiers cafés philo, les soirées Brassens. Il devient la consécration pour les musiciens de Jazz qui s'y produisent.
En 99, c'est l'ouverture du Théâtre des oiseaux, la 3 ° salle jouxtant celle du bar d'origine qui devient bar-restaurant et accueillera plus tard les premiers dîners spectacles. En parallèle, " Mado la niçoise " commence une carrière nationale et mettra le bar en gérance en 2003. Elle en a repris les manettes aujourd'hui, pour retrouver ses amis et vivre dans le Vieux Nice. Le titre de son dernier spectacle est explicite : Mado prend racine.

Coursegoules, La Gaude et Nice, 18 mai 2013.
Laurent Lapchin, Jean-Marc Laugier, Alex Benvenuto